Ergens gelezen… Denis Gira

Denis Gira is een katholiek buddholoog, hoofdzakelijk werkzaam te Parijs en auteur van “Le Sens de la Conversion dans l’Enseignement de Shinran”. Paris 1985 (Jikoji-nr B.6 0198).

Uit: La Croix l’Evénement – jeudi 28 octobre 1993

Interview - Dedis Gira, Professeur A L’institut catholique de Paris

« Le bouddhisme apprend à l’homme à profiter du présent en sachant que le présent ne dure pas. »

Pourquoi le bouddhisme a-t-il autant de succès auprès des Français ?

Denis Gira : Un nombre si­gnificatif de personnes ont des affinités avec cette doctrine venue d’ailleurs. Pour ceux qui ont des préoccupations spirituelles aujourd’hui, l’un des problèmes majeurs est de savoir comment Dieu peut accepter le mal. On se représente difficile­ment un Dieu personnel tout puissant qui s’impliquerait dans le monde et tolererait la présence du mal, en particulier quand les victimes sont des enfants innocents touchés par les guerres ou les catastrophes. Comment peut-on alors parler d’un Dieu tout-puissant, qui ai­merait les hommes et laisserait le mal se développer ?

Les catholiques d’au­jourd’hui, souvent très cultivés dans le domaine profane, ne sont pas toujours armés pour affronter ces questions difficiles avec leurs connaissances reli­gieuses datant du catéchisme.

- En quoi le bouddhisme donne-t-il une réponse plus satisfaisante au problème des rapports entre Dieu et le mal ?

- Dans le bouddhisme, il n’est pas question de Dieu car on tombe tout de suite dans une contradiction insurmontable. Ou bien Dieu est l’absolu et il ne se mêle pas de la vie du monde. Ou bien c’est un Dieu personnel qui intervient dans les affaires des hommes et alors il est conta­miné par notre monde éphé­mère. Dès lors, il n’est plus l’ab­solu.

D’autrepart, les bouddhistes évitent les tourments métaphysiques quand se pose le pro­blème de la souffrance. S’ils voient un enfant malheureux, ils n’évoquent pas l’action de Dieu car ils pensent aux actes négatifs que cet enfant à pu faire dans une vie antérieure.

- Seraient-ils fatalistes et inactifs devant la souffrance humaine ?

- Non, ils éprouvent de la compassion et s’efforcent de soulager les souffrances de ceux qui sont meurtris. Mais ils ne sont pas tourmentés par de grandes questions posées à leur foi. Ceux qui se réfèrent au bouddhisme découvrent une voie balisée pendant 2 500 ans par les grands maîtres spirituels.

- Que leur apprennent-ils?

- Les adeptes du bouddhisme ne se satisfont pas du monde matériel de notre société de consommation. Ils n’y trouvent pas un bonheur durable et le bouddhisme leur confirme que notre vie se déroule dans un monde éphémère. Donc celui qui cherche le bonheur sera né­cessairement déçu.

Or le bouddhisme apprend à l’homme à vivre le moment pre­sent, à en profiter en sachant que le présent ne dure pas. Ce qui nous fait souffrir, c’est de nous attacher en croyant à la permanence du présent. D’où notre déception en voyant qu’il n’en est rien. D’où aussi la ten­tation du regret, sentiment très nocif pour la vie spirituelle. En effet le regret nous empêche d’être libre pour vivre le pré­sent.

- Le bouddhisme offre donc à nos contemporains une cer­taine sagesse intérieure.

- Des moines chrétiens qui connaissent bien le bouddhisme disent que les lamas et les maî­tres spirituels sont des techni­ciens de l’intériorité. Il est vrai que, pendant des siècles, leur énergie a été focalisée sur la maîtrise de l’homme intérieur alors qu’en Occident, l’énergie était mobilisée par la maîtrise du monde extérieur.

- Il y a pourtant dans’ l’Eglise catholique tout un courant de recherche spirituelle.

- C’est vrai mais souvent, quand les gens demandent aux prêtres de les aider à prier et à méditer, ceux-ci n’ont pas le temps d’assurer une direction spirituelle.

Il faut bien comprendre l’im­portance de l’expérience dans le bouddhisme. La vérité n’est pas apportée de l’extérieur par une hiérarchie, elle provient de l’ex­périence intérieure. Ce qui n’est pas vérifié par cette voie n’a au­cun sens. La sagesse, pour les bouddhistes, c’est d’avoir fait cette expérience intérieure. Et ceci attire indubitablement cer­tains de nos contemporains.

Recueilli par Yves de Gentil-Baichis.

Ekō 59

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